Ouessant en automne

Ouessant. Le nom vous a déjà soufflé au visage les embruns de la Mer d’Iroise, alors que vous n’en étiez encore qu’à réserver votre traversée auprès de la compagnie Penn Ar Bed. Maintenant que le robuste navire quitte la rade de Brest, vous espérez qu’il ne s’agira que d’embruns et non de paquets de mer. Car « Qui voit Ouessant voit son sang », dit le marin rompu aux côtes exigeantes du Finistère. Mais octobre offre fréquemment au voyageur courageux le paisible répit d’un été indien et c’est peut-être bien en T-shirt et par mer calme que vous débarquerez au port du Stiff, deux heures après avoir quitté Brest et après une escale au port du Conquet puis sur l’île de Molène.

Vue du ciel, Ouessant semble défendre la Bretagne, dont elle est la sentinelle la plus occidentale, en prenant les contours menaçants d’une pince de tourteau entrouverte vers le large. Mais ses mandibules se révèlent bienveillantes, car les mythiques phares de Nividic et de La Jument en signalent les pointes aux navires et balisent la voie qui mène au pli de la pince : le port de Lampaul, capitale ouessantine. Mais vous avez débarqué de l’autre côté, au Stiff. Une navette – ou vos mollets si vous avez loué un vélo dès l’arrivée – vous emmène(nt) donc vers Lampaul par la départementale D81, épine dorsale de l’île. Le long de la route, les parcelles agricoles et les prairies séparées par des murets, les landes épineuses, les rares arbres s’élevant courageusement face au vent, teintent les paysages de l’intérieur d’une austère humilité qui n’est pas sans rappeler le tempérament breton.

La pointe de PernA Ouessant, le grandiose est avant tout sur les côtes : le granit s’y érige en chaos, en falaises, en monolithes ou en cathédrales. Vous admirerez ces compositions minérales depuis la lande, ou en arpentant des prairies d’herbe rase qui n’ont rien à envier à un green de golf, ou encore depuis un banc de galets ou l’une des quelques petites plages ensablées. Voilà le premier bienfait d’Ouessant : la contemplation de la trilogie ciel – mer – rochers, que le soleil d’octobre éclaire d’une lumière subtile et chaude.

 

 

Une Bruant des neiges en provenance du Grand Nord

L’automne ouessantin se prête également à une autre forme de contemplation, certes plus aiguisée, voire plus érudite : celle des nombreuses espèces à plumes qui séjournent, font escale ou s’égarent sur l’île, refuge au climat tempéré autant que carrefour migratoire. Asseyez-vous par exemple sur l’une des plages et laissez la mer monter (oui, il faut être patient). Vous surprendrez des petits échassiers aux pattes oranges (gravelots, tournepierres), au bec droit interminable (barges, huîtriers) ou arqué (courlis) ainsi que des passereaux hyperactifs (pipits, traquets, bergeronnettes, etc.).

Vous croiserez sans doute aussi de surprenants bipèdes vêtus de kaki, chaussés de bottes en caoutchouc et équipés d’instruments d’optique. Ceux-là sont les stakhanovistes de l’ornithologie : appelés cocheurs, ils parcourent l’Europe dans le seul but d’incrémenter leur compteur d’espèces observées et savent bien qu’en automne Ouessant leur offre l’opportunité de compléter leur inoffensif tableau de chasse de raretés débarquant du Grand Nord, voire du continent américain. Au Ty Korn, l’incontournable pub-restaurant (gastronomique !) de Lampaul, vous les entendrez ce soir converser avec chaleur des observations du jour, ou espérées pour le lendemain.

Et vous ? Combien de soirées passerez-vous au Ty Korn ? Sachant que la traversée aller est le matin et celle du retour en fin d’après-midi, vous pouvez bien profiter des journées d’arrivée et de départ. Un week-end prolongé d’un jour ou deux suffit donc déjà à découvrir Ouessant, sa farouche côte Nord, ses deux lumineuses pointes à l’Ouest, ça vertigineuse côte Sud et son intérieur. Car si votre première impression, lors du trajet sur la D81 depuis le port du Stiff, n’a pas été la plus enthousiaste, les petits chemins ouessantins sauront vous réserver, au détour d’un virage, de belles surprises de façades de granit, de volets peints, de frais potagers et de luxuriants jardins.

 

« Qui voit Ouessant voit son sang. » Le vôtre aura en tout cas été bien oxygéné !

Bon voyage !

Article mis à jour le 13/08/2016 - Signaler un abus

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Renan

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Commentaires
Nab Nab

Très poétique :)

Le 01/09/2014

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nza2k nza2k

Je suis d'accord, c'est écrit comme dans un livre !

Le 01/09/2014

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