A l'assaut de Salta et des volcans du Nord-Ouest Argentin

Un programme de 2 semaines

Quand Manu et Sandra m’ont proposé de les accompagner grimper le volcan Llullaillaco dans le NOA argentin, j’y ai réfléchi à deux fois. Les volcans ne sont pas vraiment ma tasse de thé….. des montées interminables, du dénivelé, de la caillasse…. bref, je m’étais jurée de ne plus en faire. Puis, je me suis rappelé la belle expédition réalisée sur l’Ojos del Salado et le Pissis par le versant argentin. Les paysages y étaient splendides, des déserts, des salars, des couleurs…. et cela faisait aussi longtemps que je rêvais d’aller dans le NOA et à Salta. C’était donc ok pour le Socompa (6048m) et l’Llullaillaco (6739m) !!

Cette expédition fut une belle expérience, haute en couleurs, en échanges, en histoire, en rires et souffrance sur les flancs des volcans. Un cocktail parfait pour passer deux semaines fantastiques !

Consultez sur ce lien le programme de 17 jours que je vous ai concocté suite à mon exploration.

La région de la Puna est située à l’Ouest de Salta, à la frontière avec le Chili. La « Puna » (« terre haute » en langue quechua), ce sont des hauts plateaux andins qui ont une altitude moyenne de 3700m. C’est une région aride avec des écarts de température de plus de 40 degrés entre le jour et la nuit (20ºc maximum et -25ºc la nuit). Les rares pluies se concentrent en été et peuvent provoquer un phénomène climatique appelé « hiver andin » avec pluies, grêle et neige en plein été.

On s’y sent seul au monde, au milieu des salars, déserts, paysages lunaires, lagunes et couleurs surprenantes. Les habitants de San Antonio de los Cobres et Tolar Grande vous y accueillent avec chaleur, malgré les conditions de vie difficiles.

Un peu d'Histoire

La seule présence humaine dans ces zones désertiques est la ligne de chemin de fer du train des nuages. La construction de cette ligne date de 1921. Le but était de rallier le chemin de fer du Chili et de l’Argentine, afin de faciliter le commerce entre les deux pays, et en particulier l’approvisionnement des mineurs chiliens dont le nombre augmentait régulièrement, surtout grâce à la croissance de l’extraction de salpêtre (sels de nitrate de sodium et potassium).

L’euphorie de l’époque conduisit les responsables à calculer qu’en 6 ans les travaux seraient achevés ; la réalité fut tout autre : ce n’est qu’en 1948 que le chemin de fer de Salta rejoindra celui du Chili à Socompa, à 3800m d’altitude. Lutter contre les barrières naturelles fut terrible et la construction du chemin de fer fut un véritable défi pour cette époque. La voie ferrée compte 29 ponts, 21 tunnels, 13 viaducs, deux boucles hélicoïdales (technique ferroviaire pour gravir des pentes fortes) et deux lacets (ou zigzags). 

Notre route depuis Salta longeait cette ligne de chemin de fer jusqu’à la frontière de Socompa. Nous pouvions alors imaginer les travaux nécessaires à la construction de cet ouvrage titanesque. C’est juste incroyable. Difficile à entretenir, seule une petite partie est en fonctionnement pour les touristes depuis San Antonio de los Cobres ( aller et retour au viaduc du Polvorilla à 4220m).

Un train de marchandises rejoint une fois par semaine la frontière de Socompa. Il a été remis en fonctionnement il y a un an et demi. C’est un grand moment pour les carabiniers de Socompa ! Désœuvrés et isolés dans leur gare fantôme, les carabiniers sont venus discuter avec nous. Surpris et heureux de notre présence ici, ils nous confièrent que quasiment personne ne monte au sommet du Socompa, trop dur physiquement ! Je pense qu’ils faisaient surtout référence à Sandra et moi-même…. nous avons osé dire timidement que nous étions montagnardes, en espérant tout de même pouvoir atteindre le sommet.

L’ascension du volcan Macon qui culmine à 5500m dans les environs de Tolar Grande, s’était faite sans trop de problème, malgré ses 1100m de dénivelé. Mais, le Socompa semblait en effet un gros morceau !

Ascension du Socompa, 6048m

Nous nous sommes donc d’abord hissés sur un promontoire rocheux au pied d’une langue glaciaire. Exercice fatigant car la logistique n’est pas simple. Très peu de porteurs travaillent dans cette région. La voiture nous laisse à 4400m d’altitude, les porteurs portent la nourriture et l’eau, pendant que nous devons charger tout notre matériel personnel au camp d’altitude vers 5000m.

Vue imprenable depuis notre mirador. Après une nuit correcte, dirons-nous à cette altitude, nous partons à la frontale dans un chaos rocheux. Nous montons directement à flanc de montagne pour rejoindre les crêtes vers 5400m d’altitude. La montée dans les cailloux n’est pas simple, comme prévu. De là, nous passons derrière la barre rocheuse par un passage escarpé pour rejoindre un amphithéâtre situé à 5500m. L’endroit est protégé et agréable, idéal pour faire une pause.

Cependant, il ne faut pas tarder car nous avons à peine fait la moitié du dénivelé. La montée se poursuit dans du sable et rochers. Je me lance sur la partie enneigée sous un col semblant mener au sommet (ou près du sommet !) espérant que la progression soit facilitée. Finalement, nous devons revenir sur la bande de terre, car les pénitents sont juste insupportables ! De là, il faut choisir entre du sable détrempé et lourd ou des rochers instables. Autant dire que ces derniers 200m de dénivelé furent terribles.

Après un dernier col, il nous reste 50 mètres dans les rochers, qui furent une vraie torture. C’est épuisée et heureuse que je foule le sommet à 6048m d’altitude. Voilà, c’est fait ! Pichi, notre guide, nous dit alors que les touristes qui font le Socompa ne font pas l’LLullaillaco, car ils s’épuisent sur le Socompa. On commence à réaliser que le choix des volcans n’était pas de plus judicieux et nous avions en effet grillé des cartouches sur ce volcan….

Impossible de prendre un jour de repos à la gare de Socompa…. il fait 50ºC sous la tente. Nous partons donc à la vallée de l’eau (Quebrada del agua) avant de rejoindre le camp de base de l’LLullaillaco. C’est le seul endroit où l’on peut trouver de l’eau potable, à 20 minutes en voiture de Socompa, non loin de la Lagune de Socompa. Un ruisseau dévale la vallée, comme par magie dans ce désert.

Cet endroit fut dans les années 40 la dernière station de train avant la frontière de Socompa. Sur les hauteurs, une maison luxueuse trône comme témoin d’une époque glorieuse. Un riche propriétaire gérait cette station. En contre bas, proche de la rivière, un village est quasiment intact, abandonné à la va-vite. Une famille entière, la famille « Alegre » y vivait heureuse et de manière aisée semblait-il.

Ayant un peu de temps devant nous, nous nous lançons à la découverte du village et de son histoire. Nous finissons par trouver une porte ouverte, et découvrons avec stupeur un intérieur cosy datant des années 40-50. Tout était resté en l’état, les machines à coudre, gramophone « Colombia », courriers, photos….ces gens là vivaient dans le confort malgré les conditions climatiques difficiles. Ils voyageaient aussi beaucoup si l’on en croit les photos incroyables datant de 1938 à 1946. Cette découverte fut incroyable. Je me sentais excitée, comme transportée dans mes lectures du « club des 5 » de mon enfance !

Ascension du Llullaillaco, 6739m

Après un bain revigorant dans le ruisseau de la Quebrada del Agua et un approvisionnement en eau potable, nous partîmes rejoindre le camp de base de Llullaillaco, tant attendu. Ce volcan est majestueux et chargé d’histoire.

En 1999, une expédition « National Geographic » co-dirigée par Constanza Ceruti et Johan Reinhrad, spécialiste des civilisations incas, découvrit 3 momies d’enfants sous le sommet de LLullaillaco. 

Le volcan Llullaillaco fut la scène d’une des cérémonies les plus importantes du calendrier rituel inca, la Capacocha. En 1999, fut découvert sous le sommet de Llullaillaco les momies d’un garçon de 6 ans, d’une fillette de 7 ans et d’une adolescente de 15 ans. C’est devenu un des sites les plus sacrés des Andes. Les ruines situées à 6520m d’altitude constituent le site archéologique le plus haut au monde. Ce lieu est chargé d’histoire et de croyance.

Dans ces rituels, qui ont uni l'espace sacré avec le temps ancestral, il était coutume d’offrir ce que l’on avait de meilleur afin d’obtenir en retour la bienveillance des dieux. Des changements dans l'ordre politique, les phénomènes naturels ou le cycle agricole pourraient être des événements qui ont motivé la réalisation de ces activités religieuses.

Depuis le camp de base situé à 4902m d’altitude, nous sommes montés sur les flancs du volcan jusqu’au camp Isitué à 5400m d’altitude. La montée se fait assez tranquillement dans le sable. Le premier camp est très beau, niché dans un creux, protégé des vents, au pied d’un champs de pénitents géants. Ce camp est très agréable et permet de se reposer correctement avant de monter à plus de 6000m. La vue sur le sommet y est imprenable.

Puis la montée s’est poursuivie sans grosse difficulté, si ce n’est qu’une petite chute de neige nous a accueillis à l’arrivée du camp d’altitude. Ce fut très surprenant et imprévisible après ces 8 journées arides, sans un nuage ! Nous prions alors que le temps revienne au beau le lendemain.

Nous partîmes vers 5h00 sous un ciel étoilé, donc bien motivés pour réaliser cette ascension. La montée se fait par l’arête sud, dans un chaos rocheux. La montée est très pénible. Il n’y a pas de vrai sentier. Cela se fait dans la caillasse qui glisse sous nos pas. La pente devient aussi petit à petit plus raide, les blocs de rochers plus gros et instables. C’est un vrai enfer que de se hisser sous le sommet.

La porte d’entrée se fait par un couloir pentu entre deux Pics rocheux. Un quart d’heure avant d’arriver au col entre ces deux pics, le ciel était encore bleu. Des nuages étaient arrivés, mais cela formait plus de la brume qui montait vers le sommet et disparaissait rapidement. Au moment où nous avons passé le col et que nous sommes arrivés aux ruines sacrées, une mini tempête de grêle est tombée sur nous. Cela est arrivé brusquement, sans crier gare, comme un message divin. Nous fîmes une offrande à la Pachamama tout en pensant qu’on aurait peut être dû le faire avant afin de demander la permission de monter au sommet !

Les ruines sont impressionnantesnichées à 6520m d’altitude, juste sous le sommet désormais très proche. Pichi ne nous laissa pas monter plus haut. Les derniers mètres sous la brume sans visibilité n’avaient aucun sens. En outre, le mauvais temps peut se déchaîner rapidement dans ces régions. Pichi nous raconta que des touristes avaient été bloqués dans une tempête de neige plusieurs jours, devant abandonner la voiture bloquée trois mois sous la neige au camp de base.

Nous descendîmes un peu déçus, mais heureux d’avoir découvert les ruines sacrées et d’avoir réalisé cette belle expé. Une fois de retour au camp de base, le soleil et la chaleur furent de retour…..la montagne sacrée n’avait donc pas voulu nous ouvrir ses portes !

Une fois de retour à Salta, nous apprîmes qu’une tempête s’était abattue sur Salta et les environs, entraînant un pont de la ligne de chemin de fer. Finalement, il s’agissait peut être seulement du phénomène climatique appelé « hiver andin » aggravé par les changements climatiques. Message divin ou changement climatique, quoiqu’il en soit, nous avons dégusté une délicieuse entrecôte sauce malbec à notre arrivée à Salta !

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Article publié le 22/07/2018 - Signaler un abus

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Thaki Voyage

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1/ Viaduc La Polvorilla
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